La procrastination : une histoire d’habitude

18 mai 2020 0 By Patricia Fiogbe
La procrastination : une histoire d’habitude

Petite histoire sur la procrastination

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Voici Patricia alias Miss procrastination. Elle adore la biologie, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle s’est inscrite à l’université pour suivre des cours dans ce domaine. Après quelques cours de biochimie, Patricia tombe amoureuse de toutes ces molécules si fascinantes dans leur cycle de fonctionnement. D’ailleurs, Patricia a un examen dans trois mois. Elle se dit qu’elle a le temps. Elle en profite pour faire un plan d’étude pour être au top pour son examen (mouais…).

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Un matin, Patricia se réveille et malheur, il ne lui reste qu’un jour pour étudier 200 pages criblées de formules semblable à du mandarin mélangé à des hiéroglyphes. Pourtant, elle connaît par cœur l’histoire de Pain et la raison pour laquelle il tient tant à détruire le village de Konoha. Patricia étudiera toute la nuit ses hiéroglyphes pour finir par écoper de la note de 11 sur 20. Frustrée, elle se promit de ne plus jamais se faire prendre au piège par le temps (et par le village de Konoha).

Pain Naruto shippuden

Cinq ans plus tard, Patricia étudiera pour la nième fois la veille d’un examen alors qu’elle avait 4 mois pour le préparer et écopera de la misérable note de 03 sur 20. Mais dans son cœur, une seule musique persiste « Oboetenai koto mo takusan atta darou, Daremo kare mo SHIRUETTO » (pour ceux qui ignorent ce que c’est : Naruto shippuden opening 16). Cette histoire, c’est celle de ma vie. J’en étais arrivée au point où la veille d’un examen, je me suis retrouvée à binge-watcher des vidéos sans aucun intérêt avec une boule d’angoisse au ventre. Je ne comprenais absolument pas pourquoi je faisais ça et je déprimais.

Dépression et procrastination

Si cette histoire vous semble étrangement familière, c’est qu’elle vous est probablement déjà arrivée une ou plusieurs fois. En étudiant ou en essayant de tenir un régime, nous avons tous infiniment remis à demain des choses pourtant importantes. Mais pourquoi ? On me chuchote un truc à l’oreille. Qu’est-ce que j’entends ? La procrastination ? Mais qu’est-ce que c’est ?

La procrastination

On ne cesse d’en entendre parler. Des livres entiers ont été écrits sur le sujet. De grands philosophes tels que Platon et Socrate ont déjà débattu la question en commençant par l’acrasie. C’est le fait d’agir à l’encontre de son meilleur jugement. Cette définition rejoint celle de la procrastination qui est une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions qui ne nous apportent pas une satisfaction immédiate au détriment d’activités qui nous apporte cette satisfaction immédiate. Généralement, ceux sont des actions importantes qui sont mises sur le côté telles que terminer un rapport important pour le boulot, commencer son mémoire à temps dans le souci de respecter les deadlines ou terminer voir même commencer un devoir pour l’école. Mais combien de fois ne t’es-tu pas retrouvé à étudier la veille pour ton examen ou à rédiger ton mémoire une semaine avant la deadline ?

Débordé au travail et procrastination

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la plupart des procrastinateurs (et je ne parle pas des procrastinateurs d’un jour, mais des vrais procrastinateurs) sont proactifs dans le sens où ils s’emballeront dans une frénésie d’activités tant qu’elles n’ont aucun rapport avec le sujet problématique. Dans la majorité de ce cas de figure le responsable, c’est l’anxiété. Le procrastinateur pris d’anxiété chaque fois qu’il s’attaque à la tâche qui pose problème essayera de faire baisser la pression dans de multiples activités qu’il jugera importantes ou dans des distractions dont la plus fréquente : surfer sur le net. Et ce n’est pas pour faire des recherches sur un sujet épineux, mais bien pour regarder une compilation de chats mignons qui font des trucs drôles… La source de cette anxiété, c’est le plus souvent une peur de l’échec.

stress au travail et procrastination

Je me rappelle encore, dans ses moments de procrastination, je ne cessais de me répéter silencieusement : si j’échoue ce sera parce que je n’ai pas commencé ou que je n’ai pas eu assez de temps. L’excuse toute trouvée. Ça ne m’empêchait pas pour autant de m’en vouloir après. A force d’échouer ou de réussir de justesse par chance, j’ai décidé qu’il était temps de remédier à ce problème. Pour cela, quoi de mieux que de chercher à comprendre le mécanisme de la procrastination. Dans mes nombreuses recherches, je suis tombée sur le blog de Tim Urban, un procrastinateur qui possède un blog à succès. Quel paradoxe! Et pourtant. J’en ai donc déduit que pour réussir, il ne fallait pas supprimer la procrastination mais comprendre comment elle fonctionne afin de s’en servir comme d’un outil au succès. Mais d’abord, voyons comment Tim Urban explique la procrastination.

La procrastination selon Tim Urban

Tim Urban procrastination Ted talk

Dans sa présentation TED sur la procrastination, Tim Urban explique que tous les procrastinateurs et non-procrastinateurs possèdent une urgence de satisfaction immédiate qu’il a nommé le singe de la gratification immédiate. Ce dernier adore tout ce qui est amusant, facile et distrayant. De l’autre côté, on distingue le preneur de décision rationnel qui permet de se projeter dans l’avenir, de faire des plans, de se fixer des objectifs à atteindre comme perdre du poids, faire du sport ou manger sain, terminer la rédaction d’un article ou même terminer une thèse ou un rapport important pour le travail. Chez une personne normale, les deux personnages cohabitent sur un terrain d’entente.

Chez le procrastinateur, chaque fois qu’il faut faire une activité difficile et moins amusante, pour de multiples raisons, il y a conflit entre le singe et le preneur de décision rationnel. Ce qui amènera le procrastinateur à laisser le singe mener la bar et le conduire tout droit dans l’aire de jeux sombre où tout n’est que plaisir saupoudrer de plusieurs cuillères à soupe d’anxiété et de culpabilité. Mais heureusement, le monstre de la panique existe. Il survient quand, cher procrastinateur, tu approches dangereusement de la deadline de ton mémoire et que tu n’as encore rien rédigé. Le singe qui a peur du monstre de la panique va s’enfuir et enfin laisser le preneur de décision rationnel sauver ce qui reste de ta dignité. C’est bien beau me diras tu, mais reconnais que si tu t’y étais pris à l’avance, tu aurais pu avoir une meilleure note ou t’éviter la foudre de tes supérieurs. Dans d’autres sections de notre vie où aucune deadline ne vient réveiller notre monstre de la panique, c’est le singe de la satisfaction immédiate qui nous maintient dans l’aire de jeux sombre. C’est ainsi qu’à minuit, tu ouvres ton frigo pour la nième fois de la soirée pour t’envoyer de grosses cuillères à soupe de crème glacée Ben and Jerry cookie dough caramel beurre salé (c’est du vécu). Où sont passés les objectifs de début d’année ? Mais comment faire taire ce singe une bonne fois pour toute pour qu’il te fiche la paix ? La mauvaise nouvelle, c’est que c’est impossible de se débarrasser de lui. La bonne nouvelle c’est que tu peux le tromper en redéfinissant ce que tu trouves amusant et plaisant. Ça, c’est le pouvoir des habitudes.

Le pouvoir des habitudes

Procrastination = Habitude

Une habitude se définit comme l’aptitude à accomplir avec facilité et sans effort particulier une ou des actions grâce à une pratique fréquente pouvant créer un besoin chez la personne qui les accomplit. C’est ainsi que certaines personnes deviennent accro au sport ou, au contraire, ont du mal à arrêter la cigarette. C’est une question d’habitude. Et fort heureusement, une habitude peut être changée. Pour cela, il faut d’abord comprendre son mécanisme. Dans son livre intitulé le pouvoir des habitudes, Charles Duhigg explique que pour qu’une habitude s’installe, il faut généralement trois facteurs importants : le signal, l’action et la récompense. À ces trois facteurs de base, s’ajoute deux autres fondamentaux : la croyance et l’effet de communauté.

Le cercle de l’habitude

Le signal, c’est généralement ce qui pousse à l’action. Prenons l’exemple de quelqu’un qui fume. Le signal, ce sera ce qui le pousse à sortir son paquet et à s’allumer une cigarette. Généralement, c’est l’envie de fumer créer par l’habitude ou un manque de nicotine. Mais en remontant encore plus loin à sa première cigarette, c’est peut être une angoisse ou juste le fait de faire comme les autres dans l’entourage immédiat ou des collègues, qui à la pause-café, en profitent pour fumer un coup ou encore, le plus courant, pour paraître cool devant ses camarades de lycées, faire comme eux pour ne pas se sentir exclu. Mais à force de répondre à ce signal en fumant une cigarette, l’habitude s’est installée.

Le cerveau enregistre l’action jusqu’à ce qu’allumer une cigarette devienne aussi simple que se brosser les dents le matin. Le fumeur le fait sans réfléchir et avec le moindre effort. La récompense s’en suit. Un afflux de nicotine dans le sang, la sensation d’être cool, d’être comme ses camarades ou ses collègues de travail. Ça aussi le cerveau l’enregistre à chaque fois et devient accro à cette sensation. Et chaque fois que le manque se fera sentir. Il enverra un signal. Les collègues se lèvent pour la pause-café-cigarette ? Tu y vas aussi. Un manque de nicotine ? Une cigarette. Tu t’ennuies? Une cigarette. A un moment donné, le cerveau veut plus de nicotine. Résultats = Tu fumes trois paquets par jour et il en veut encore plus. C’est ainsi que le cercle de l’habitude va s’installer.

Nous façonnons d’abord nos habitudes, puis nos habitudes nous façonnent – John Dryden

L’effet de communauté

Dans l’exemple du fumeur, on peut voir l’effet de communauté représenté par les amis, les collègues parfois même la famille. La communauté joue ainsi un rôle important dans l’installation d’une habitude. De la même façon que si tu as commencé à fumer parce que tu as vu d’autre le faire, tu peux arrêter de fumer en fréquentant des gens qui ne fument pas. Tu veux faire une pause-café ? Pourquoi ne pas proposer à ta collègue non-fumeuse une pause commérage ? Tu veux te mettre au sport ? Invite des amis à faire du sport avec toi ou inscris-toi sur un groupe Facebook (n’importe quel réseau social que tu fréquentes) de personnes qui veulent se mettre aussi au sport pour perdre du poids ou juste pour être en meilleure forme. Tu n’aimes pas les réseaux sociaux ? Tant mieux inscris-toi dans un club de sport. Voir d’autres personnes faire du sport motive.

Croire en ce qu’on fait

Qu’en est-il de la croyance ? Celui qui se met à fumer pour faire comme ses amis ou ses collègues est persuadé que le fait de fumer lui permettra de mieux s’intégrer à un groupe. Celui qui commence à fumer par curiosité parce qu’il voit régulièrement d’autres le faire croit qu’il y a une certaine satisfaction qui découle de l’action de fumer. Même si la première expérience s’avère insatisfaisante, le fumeur débutant va continuer à fumer en espérant ressentir un jour cette satisfaction. Il croit à la récompense. De même que quelqu’un qui essaye de perdre du poids, s’il n’y croit pas, il abandonnera vite quand après une semaine les résultats ne se feront par sentir. Alors que quelqu’un qui y croit n’arrêtera pas jusqu’à ce que l’effet du sport commence à apparaître.

Tout est possible à celui qui croit – Saint Luc

Le rôle de la croyance et l’effet de communauté

Ici, j’ai utilisé l’exemple de la cigarette et du sport. Mais l’effet d’habitude s’applique dans presque toutes les actions que nous menons au quotidien. En partant du simple fait de se brosser les dents le matin jusqu’à l’heure de se coucher le soir. Les grandes enseignes de publicités l’ont compris depuis longtemps. Ce n’est pas par hasard si certaines marques telles que Nutella ou Coca-Cola arrivent à faire des milliards de ventes par an. C’est principalement en encrant une habitude dans la vie des gens grâce à leur publicité. Une couche de nutella sur une tranche de pain au petit-déjeuner (qui est déjà une habitude dans la vie de millions de gens) ou encore une bouteille de coca après un bon déjeuner ou un dîner ou encore un apéro entre amis.

Ce n’est pas pour rien que quasi tous les livres de développement personnel hurlent l’installation d’habitudes. C’est la clé de tout. Mais sache que les mauvaises habitudes te maintiennent dans le fond alors que les bonnes te hissent vers les sommets. Qu’attends-tu donc pour installer de bonnes habitudes dans ta vie ?

Autant le succès que l’échec sont en grande partie les résultats d’habitude – Napoleon Hill

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